En haut de la forteresse de Chinon, le contraste est saisissant. D'un côté les échafaudages métalliques limitent le chantier de rénovation du château, de l'autre, sous une tente de toile et de bois, un ouvrier de l'époque de Louis VII invite le visiteur à une grande plongée dans l'histoire, à la découverte des techniques architecturales médiévales.
Le guide, c'est Christophe Nevoso, membre de l'association Dans l'œil du compas, ébéniste d'art et historien du Moyen Age. Il vient montrer sa pièce maîtresse, une « chèvre », un engin de levage, capable de soulever 350 kg de pierre, utilisé pour sa maniabilité sur les grands chantiers tels que Chinon. La machine voisine, encore plus impressionnante, pouvait lever jusqu'à une tonne selon les récits d'un moine. Mais rare, et donc très chère, elles étaient peu présentes sur les constructions, même les plus flamboyantes.
Des techniques et un savoir-faire hérités des Grecs
Voilà les quelques engins dont disposaient les ouvriers pour ériger des demeures, divines ou royales, monumentales. Le génie des bâtisseurs réside davantage dans leur connaissance des techniques et savoir-faire, hérités pour les plus anciennes, des Grecs.
Avec beaucoup de passion et un certain humour, Christophe Nevoso fait découvrir ces techniques. On apprend alors à manipuler la corde à 13 nœuds, inventée par un certain Pythagore il y a vingt-six siècles, qui permettait au maçon de tracer des angles droits à coup sûr.
Sans y paraître, le dialogue navigue entre Histoire, géométrie et architecture, avec l'envie d'en savoir toujours un peu plus. Les questions fusent. Toutes auront leurs réponses, adaptées au public de connaisseurs, comme aux visiteurs novices. Toutes ces découvertes permettent aussi d'aller à l'encontre des idées reçues. Les conditions de travail étaient certes difficiles et dangereuses mais les ouvriers disposaient d'un jour de repos obligatoire le dimanche ainsi que d'une demi-heure de sieste après le déjeuner. Autre cliché mis à mal, celui de la bête de somme analphabète qui signe sa pierre d'un signe. Les marques lapidaires permettaient aux tailleurs de pierre de réclamer leur salaire. Quant aux maîtres d'œuvre de ces chantiers gigantesques, ils faisaient partie de l'élite de la masse ouvrière, gardienne d'un savoir-faire extraordinaire. Si bien qu'avec nos techniques modernes et dans le respect de nos normes, il faudrait six à sept fois plus de matière pour construire une cathédrale, et ce, sans la recette perdue d'un mortier capable de résister à des siècles d'usure.
Démonstrations par l'association Dans l'œil du compas, tous les jours de 9 h à 19 h, à la forteresse de Chinon. Tél. 02.47.93.13.45.